Hongrie : après le soulagement, la vigilance doit demeurer

21 avril 2026

Table des matières

Dimanche 12 avril 2026, le peuple hongrois a fait un choix massif et décisif pour la restauration de sa démocratie et de sa souveraineté, en donnant au candidat Péter Magyar et son parti Tisza, une très nette victoire lors de ces élections législatives. 

La Digue était sur place pour ce moment historique, qui met un terme à seize années d’un régime autoritaire et illibéral, sous la coupe de Viktor Orban, figure de proue de l’extrême droite européenne. Nous ne pouvons que nous réjouir de ce résultat qui marque un premier coup d’arrêt à l’internationale réactionnaire. 

Mais beaucoup reste encore à faire, et La Digue a noué de solides liens avec les acteurs progressistes et antifascistes engagés en Hongrie, qu’il convient de continuer à soutenir. La route est longue mais la capacité d’action des démocrates hongrois est à la mesure de la claque infligée au régime d’Orban.

1/ Un des laboratoires des dérives autoritaires et kleptocrates

Dans la lignée de la Russie de Poutine ou de la Pologne des frères Kaczyński, la Hongrie de Viktor Orbàn a été un laboratoire de l’extrême-droite mondiale. Orbàn a ainsi été un pilier de l’internationale réactionnaire et un théoricien des « démocraties illibérales », dont il a vanté les mérites dès son discours de Băile Tușnad (Roumanie) en 2014. 

Au pouvoir depuis 2011, il a eu le temps de mettre en œuvre ce que nombre de dirigeants de l’internationale réactionnaire souhaitent réaliser: verrouillage constitutionnel, assujettissement des institutions au parti au pouvoir, mise au pas des médias publics et indépendants, de la vie culturelle et universitaire, et appropriation clanique des ressources nationales.

Des méthodes que l’on observe aussi ailleurs en Europe, à l’œuvre ou en gestation (aussi en France). Un capitalisme clanique est venu sceller cette captation de l’Etat hongrois, contre la souveraineté populaire et les droits des minorités.

2/ Un des manquements européens, aussi face à la Russie

C’est au nom de la défense de la souveraineté populaire que les instances dirigeantes européennes ont eu l’occasion, manquée à plusieurs reprises, d’enrayer la dérive du « dictator » Orbàn, pour reprendre le mot de Jean-Claude Juncker, alors président de la Commission européenne.

Longtemps, le chef du régime hongrois a été protégé par la chancelière allemande, Angela Merkel, qui pensait pouvoir gérer le trublion Orbàn au sein de la grande famille conservatrice européenne. 

C’est ainsi que la procédure de sanctions, pour violation persistante des valeurs de l’Article 7 du Traité de l’Union européenne n’est jamais allée jusqu’au bout, faute d’unanimité au Conseil, pour prendre les mesures qui s’imposent.

Même lorsqu’il a été clair que le régime hongrois avait fait le choix de devenir l’agent de la Russie de Poutine, dont la guerre illégale en Ukraine menace les Européens, la réaction européenne n’a été que trop faible. 

3/ La tête de pont MAGA en Europe

MAGA américains et poutinistes russes partagent la même aversion à l’égard du modèle et des valeurs démocratiques de l’UE. Il n’était pas étonnant qu’ils se rejoignent dans le soutien, aussi bien organisationnel que symbolique, au système Orbàn.

La galaxie MAGA, à commencer par ses intellectuels et activistes, avait fait de la Hongrie d’Orban un modèle pour la « Nouvelle Droite », en raison notamment de sa fermeté contre l’immigration, ses mesures contre les universités et les associations de gauche, son refus d’aider militairement l’Ukraine, ainsi que sa politique nataliste.

4/ Et maintenant ?

Viktor Orbàn a concédé, le soir même, sa défaite face au candidat de l’opposition Peter Magyar. Mais la vigilance doit demeurer : son système n’a perdu que sa tête, qui restera active dans la sphère politique locale et pourra s’appuyer sur des loyalistes enkystés dans les secteurs privés et publics hongrois.

À ce titre, la Digue sera particulièrement attentive à l’usage que fera Péter Magyar de sa super-majorité.

Par ailleurs, d’autres formations extrémistes, comme Mi Hazánk, qui reste au Parlement, sont en embuscade et pourraient bénéficier de la reconfiguration en cours.

A ce titre, il est urgent de tirer les leçons du précédent polonais, où la défaite du PIS (épigone local de l’internationale réactionnaire) n’a pas – encore – conduit à un rétablissement plein et entier de la démocratie polonaise, et s’est accompagné de l’essor des formations de l’extrême-droite la plus radicale.

Il faut donc aussi accompagner les forces politiques anti-réactionnaires dans un plan de re-démocratisation.

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