Analyse des élections en Tchéquie

12 février 2026

Table des matières

Résultats des élections en Tchéquie

Le parti ANO de l’ancien premier ministre Andrej Babiš est arrivé en tête des élections législatives tchèques les 3 et 4 octobre. C’est la dernière victoire électorale en date au sein de l’UE d’un parti d’extrême droite, affilié au Parlement européen au Groupe des Patriotes pour l’Europe (PfE), composé à plus d’un tiers de membres du RN.

Le parti ANO a obtenu 34,51% des voix, soit 80 des 200 sièges du Parlement tchèque. Deux autres partis d’extrême droite avec lesquels ce parti travaillera ont obtenu 7,8,% pour le SPD (Parti Liberté et Démocratie directe – 15 sièges) et 6,8% pour le parti « Les automobilistes pour eux-mêmes » (13 sièges), aussi affilié aux PfE. L’extrême droite a donc obtenu près de 50% des sièges au Parlement tchèque

La coalition sortante de droite (SPOLU) a recueilli 23,36% des voix (52 sièges), un autre parti de droite (STAN) 11,23% (22 sièges). Le parti pirate, affilié au groupe européen des Verts n’a rassemblé que 8,97% des voix (18 sièges) et d’autres partis classés à l’extrême gauche n’ont pas passé la barre des 5% et ne seront pas représentés. Fait inquiétant, cette élection a aussi été marquée par l’échec de la gauche et la quasi-disparition des Sociaux-Démocrates, ce qui marque une rupture forte avec l’histoire politique du pays, 

Le parti ANO ne disposant pas seul de la majorité absolue et Babiš ayant exclu toute alliance avec les partis de droite, il devra rechercher le soutien du SPD, un parti d’extrême droite, souverainiste et xénophobe, et du parti des « automobilistes ». Une participation gouvernementale de membres de ces derniers n’est pas exclue : son chef, Filip Turek, ancien pilote de course, a demandé le portefeuille des Affaires étrangères. Ces deux partis sont fortement eurosceptiques, le parti des automobilistes a une orientation libertarienne et climato-sceptique, et le SPD clairement pro-russe

La victoire d’ANO est porteuse de risques pour la démocratie tchèque, notamment sur l’Etat de droit et l’audiovisuel public. Babiš fait face, avec son retour aux affaires, à des accusations de conflit d’intérêts alors que cet entrepreneur milliardaire est poursuivi pour fonds européens détournés (il a été dans un premier temps relaxé, mais son procès est relancé). Malgré les professions de foi affichées pro-UE et pro-OTAN (même si le chef d’ANO est contre un accroissement au-delà des 2% des dépenses de défense) de Babiš, les positions de la République tchèque au Conseil européen rejoindront celles du PfE au Parlement européen, en particulier contre le Pacte vert et sur les questions de migrations (rejet du Pacte sur l’Asile et les Migrations). Et surtout son gouvernement va afficher un moindre soutien à l’Ukraine, ce qui va à l’encontre des positions tchèques depuis février 2022 : eurosceptique, Babiš a déjà annoncé qu’il mettrait un terme à l’aide militaire à l’Ukraine et  à la plateforme tchèque de coordination au plan européen d’achat et de fourniture de munitions à l’Ukraine, lancée à l’initiative du président tchèque Petr Havel.

Quel impact sur le reste de l’Europe ?

Les premiers ministres hongrois, Viktor Orban, et slovaque, Robert Fico, se sont fortement réjouis de la victoire d’ANO. Et, de fait, le groupe de Visegrad, fondé en 1991 par trois présidents anciens dissidents (Vaclav Havel, Lech Walesa, Arpad Gönz) et qui rassemble aujourd’hui la Pologne, la République tchèque, la Slovaquie et la Hongrie, est désormais moribond. L’Europe centrale penche vers un souverainisme qui portera un frein aux initiatives communes européennes, ce qui fragilisera encore un peu plus de possibles actions de l’UE face à Vladimir Poutine et Donald Trump, deux leaders violemment anti-UE. Il convient néanmoins de reconnaître que le populisme de Babiš est moins rigide que ses voisins : il est moins idéologue qu’Orban et moins radical que Fico. Et la démocratie tchèque dispose de solides garde-fous. Babiš fera face à une opposition importante au Parlement, qu’il qualifie de « chambre de bavardages », à une Cour constitutionnelle efficace et à Petr Pavel, le Président garant des principes démocratiques.

Cette victoire marque néanmoins un nouveau pas dans le sens del’intégration rampante de des droites radicales dans la politique européenne :

  • Trois groupes d’extrême droite ont obtenu aux élections de 2024 187 sièges sur les 720 du Parlement européen : PfE (84), Conservateurs et Réformistes européens (CRE, 78), L’Europe des nations souveraines (ENS, 25).
  • Cinq gouvernements européens, ayant voix au Conseil européen et au Conseil de l’UE, seront désormais dirigés par des partis d’extrême droite (Hongrie, Slovaquie, République tchèque, Belgique, Italie) affiliés aux trois groupes du Parlement européen appartenant à cette mouvance.
  • Un commissaire européen, vice-président exécutif pour la cohésion et les réformes, l’Italien Raffaele Fitto est issu du parti Fratelli d’Italia de Meloni.


Le groupe PfE auquel est affilié ANO montre une volonté croissante de participer à l’élaboration des politiques européennes. Avec cette victoire d’ANO, l’émergence d’un second gouvernement dont le parti dominant est affilié au PfE, après le Fidesz d’Orban, renforcera cette approche qui a avait déjà été adoptée par Meloni dont le parti est affilié au CRE. Un enjeu pour les prochaines années sera de savoir dans quelle mesure le Parti populaire européen (PPE, droite) permettra à ces partis de se normaliser, en particulier en reprenant leurs thèmes de campagne.

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